Je commence. Je recommence. Il fallait bien un premier mot, une première sensation. Comme un souffle, comme un cri. Et dire que je n'avais plus d'inspiration, que je doutais de pouvoir à nouveau écrire tant le bonheur irradiait mes pores. Il faut croire que la roue tourne, et pas toujours dans le bon sens. Je vais tout laisser à l'abandon derrière moi. Je vais laisser les araignées s'installer, la poussière s'accumuler. Je vais laisser mes étagères vides, mes murs blancs et ce sera comme si je n'avais jamais été là. Mais ce n'est pas un choix, ça ne l'a jamais été et pourquoi même quelqu'un voudrait de ça, pourquoi quelqu'un voudrait disparaître sans laisser de trace ?
Etrangement la situation a quelque chose de drôle, ou plutôt d'ironique. Mon nouveau départ ne se fera que plus radicalement, mais je suis au pied du mur, alors je vais réussir, grandir, partir, bien plus vite que je ne l'aurais cru. Si l'on m'avait demandé quelles étaient les personnes qui comptaient le plus pour moi j'aurais sans hésitation répondu M. & J. [Désolée H. & J.] . Mais J. reste ici, il attendra mes retours furtifs, et le week-end prochain deviendra le mois prochain et peut-être plus jamais. Cependant M., j'aurais du la garder toute ma vie, j'aurais du avoir son soutient, peut-être aurait-elle du avoir le mien aussi. Mais j'ai échoué, et elle ne sera pas là, un pilier, celle sans qui je ne serais pas ici, la seule qui devait savoir qui j'étais. M. restera ici, ne voudra plus me voir, m'a rayée de sa vie. Et c'est là qu'intervient l'ironie. Parce qu'à force de vouloir devenir indépendante, de vouloir réussir seule, de vouloir ne plus dépendre de qui que ce soit, j'ai réussi ! J'ai réussi à arriver à ce moment où il n'y a plus personne, où je ne peux être qu'indépendante, où je suis obligée de réussir, seule, où je ne dépendrais de plus rien ni de personne.
Mais cette sensation, ce vide à l'intérieur de moi quand j'y pense, cette nausée, me dit que ce n'est encore une fois pas le bon chemin. Et cette belle aventure devient mon pire cauchemar. Et ma peur s'est transformée en obsession, figeant les autres, les gavant de ma seule crainte. Ils partent, quoi de plus normal. Ah, et puis non, en réalité c'est moi qui pars, elle décide juste de ne plus jamais me voir, de me renier, de nier mon existence entière. Egoïste, il parait. Je crois que j'aurais mieux fait de l'être, au moins tout cela aurait été justifié.
J'explique quelque chose que personne ne devrait savoir, quelque chose que je ne mérite plus de pouvoir partager, quelque chose qui pourtant me donne suffisamment de volonté pour écrire, pour aller de l'avant, pour enfin, réussir. C'est comme dans un film, en noir et blanc vous savez, où tout parait plus lent ou plus rapide, où chaque ombre se fait montagne, ou chaque posture se fait dramatique, tragique. C'est exactement ça, tout va trop lentement, au ralenti, et pourtant tout va trop vite, en accéléré. Et chacun de mes gestes, de mes mots, chacune de mes pensées se veut tragique, dénuée de toute envie, de toute volonté, de toute possibilité de s'échapper.
Une semaine, avant de me retrouver sur l'estrade en bois, une corde au cou, sur un petit tabouret, devant absolument personne. Tout le monde aura déserté d'ici là, chacun sera retourné à sa vie, et c'est tant mieux. La seule personne qui aurait du se trouver là, cachant ses yeux dans ses mains, dans un vêtement noir de nuit, est partie aussi. Alors je serais la seule actrice de cet événement auquel personne n'assistera, je serais la seule à savoir si la corde lâchera sous le poids d'une culpabilité, d'une peur, ou si elle me réduira à néant. Je serais la seule à savoir si je serais capable d'aller de l'avant en gardant un pied dans le passé, en essayant de changer les choses ici, ou alors si j'oublierais cette vie là, si je confirmerais ces impressions, ces constatations, si je laisserais chaque chose à sa place en ne déplaçant que moi.
La tournure des événements m'empêche de profiter, d'avoir confiance, en moi, en le reste du monde. Et c'est bien bête, parce que j'étais décidée à croire toutes ces phrases que je voulais graver en moi "Believe the dreams come true every day. Because they do." "L'avenir est à nous et il est radieux." "..." . Ces phrases qui n'ont plus de sens que dans les livres, les films et les séries d'où je les ai sorties.
Intéressant, je me suis calmée, j'ai encore mal, à en crever, mais ça ira je le sens. J'ai toujours voulu couper moi même tous les ponts, maintenant qu'on m'en impose un qui s'est effondré, je ne devrais pas me sentir mal, non ?
Je dépècerais mes murs, j'emporterais tout ce que je pourrais, et je brûlerais le reste. Ainsi ce qui a été une partie de ma vie pourra devenir un dressing, une chambre d'ami ou un emplacement pour un nouveau congélateur. Oui je crois que ça ira. Mais alors cela veut dire que je ne reviendrais plus, pendant au moins neufs mois. Qu'ensuite je règlerais les choses de loin, qu'elle s'occupera de ses obligations et que je partirais à nouveau. Tout à coup une voiture me semble indispensable. Et une machine à laver aussi.
Et le pire, c'est que tout ça n'a rien à voir avec l'argent. Je ne demandais rien de plus que ce dont j'avais besoin, et j'avais bien plus besoin de Sa présence que de son argent. Mais qu'importe, je n'ai pas le choix, je sens que c'est un point de non retour, la seule différence c'est que cette fois on me l'impose.
Pour un premier vrai article ici, il n'est pas aussi joyeux que je le pensais, et ne ressemble en rien à celui que j'avais prévu. Mais en même temps quand on vous arrache les entrailles pour les jeter aux lions, quand on vous condamne à la potence sans un sourcillement rien ne peut se passer comme prévu, non ?
Alors cette fois, me voilà orpheline, célibataire bien entendue, avec quelques amis qui ne partiront pas avec moi et qui m'oublieront bien assez tôt. Et pourtant cette peur en moi n'a pas réellement grandi, le masque que j'ai mis tant de temps à forger mais que j'avais enterré au fond du jardin va reprendre du service je crois.
C'est tout, ou presque, ce que j'avais à dire. Dans dix ans je serais derrière un bureau pour étudier ma première affaire, dans dix ans je serais bien plus forte et charismatique, dans dix ans je n'aurais besoin de personne et pourtant j'espère avoir des Emmetts, des Lyndsays, des Justins et des Michaels autour de moi. Dans dix ans je serais Brian Kinney, en version fille et avocate (non je ne serais pas Mélanie et je n'aurais pas les cheveux courts), dans dix ans j'aurais dépassé tout ça. Dans dix ans je serais devenue celle que je dois être.
Alors bien sur que je n'aurais plus envie de manger pendant quelques jours. Bien sur que j'aurais les yeux rouges pendant trop longtemps encore. Bien sur que je vais me sentir affreusement seule et abandonnée pendant le reste de ma vie. Mais si c'est ce qu'on appelle devenir adulte, alors j'y ferais face. Parce que si l'on ne me laisse pas m'expliquer, me justifier, peut-être même m'excuser ce n'est pas que de ma faute si les choses sont ainsi, et aussi étonnant que cela puisse paraître, je sais ce que je vaux. Et si elle me raye de sa vie parce qu'elle n'arrive plus, parce qu'elle ne veut plus me laisser de chance, je n'ai pas le choix.
Je deviendrais la meilleur version de moi même que je pourrais, et quand je me retournerais (un huit avril deux mille vingt par exemple) on me dira "Bah je savais que tu y arriverais." et surtout on me dira "Tu as beaucoup changé tu sais, on devrait oublier le passé et recommencer.".
Je vais recommencer.
Maintenant.
M.